Pioneer au Kazakhstan : protéger un centre unique pour les enfants autistes

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Pioneer au Kazakhstan : protéger un centre unique pour les enfants autistes

Pioneer Mountain Resort est bien plus qu’un centre de montagne : c’est un écosystème inclusif associant ski adapté, altitude, hypoxie naturelle, accompagnement familial, recherche, formation, innovation et approche non-défectologique de l’autisme.

Enfants et accompagnants au Pioneer Mountain Resort, au Kazakhstan
Pioneer Mountain Resort, près d’Almaty : un lieu où l’inclusion des enfants autistes a été expérimentée concrètement dès 2016.

Cette convergence rare est aujourd’hui menacée par une procédure d’expropriation engagée par l’Akimat d’Almaty pour construire des infrastructures de télécabines dans le cadre du cluster montagneux d’Almaty. Selon Zhanat Karatay, fondatrice de Pioneer Inclusive Mountain Resort, trois parcelles appartenant à Pioneer sont visées par un décret d’expropriation du 27 avril 2026. Elle affirme que ces parcelles constituent la base opérationnelle du resort, de ses infrastructures et des séances quotidiennes avec les enfants autistes et les autres enfants ayant des besoins spécifiques.

L’Akimat d’Almaty a déclaré publiquement que les informations concernant une fermeture prévue de Pioneer ne correspondraient pas à la réalité. Il reconnaît également l’importance du territoire de Pioneer pour les programmes inclusifs, le sport adapté et la réhabilitation des enfants ayant des besoins spécifiques, y compris les enfants autistes. Mais cette réponse ne répond pas à la question centrale soulevée par Zhanat Karatay : Pioneer restera-t-il réellement Pioneer, avec ses terrains, ses fondateurs, son équipe, sa méthode, son autonomie et son travail quotidien avec les enfants, ou bien le nom et la rhétorique inclusive seront-ils conservés tandis que le centre serait privé de sa base réelle par l’expropriation ?

Le problème n’est pas la modernisation de la montagne. Le problème est l’expropriation possible d’un lieu qui a déjà créé une valeur sociale, humaine, scientifique et inclusive exceptionnelle.

1. Un projet né d’une expérience familiale et devenu un modèle

Pioneer a été créé par Murat et Zhanat Karatay après l’achat, en 2015, de l’ancienne base touristique Skitau, alors abandonnée et très dégradée. La famille Karatay a rétabli les infrastructures de base et transformé ce lieu en resort familial, avec une orientation inclusive directement liée à l’expérience de leur fils Alibek, autiste, et au rôle du sport dans son développement. Forbes Kazakhstan décrit Pioneer comme un projet fondé sur l’inclusion, la confiance, le dépassement accessible à chacun et l’idée que la montagne peut servir au développement humain, y compris pour des enfants ayant des besoins spécifiques. Source : Forbes Kazakhstan

Pioneer n’a pas été construit par l’État. Selon Zhanat Karatay, il a été construit par une famille qui a vendu ce qu’elle avait parce que son fils autiste n’avait pas de lieu adapté où aller. Ce qui existe aujourd’hui est le résultat de ressources privées, de sacrifices personnels et de onze ans de travail quotidien avec des enfants pour lesquels les réponses adaptées étaient presque inexistantes.

Cette origine est essentielle. Pioneer est une réponse familiale devenue un modèle social.

Dans beaucoup de pays, l’autisme reste abordé à travers les déficits, les comportements à corriger, la séparation ou la médicalisation. Pioneer a développé une autre voie : proposer un cadre naturel, sportif, social et humain où les enfants autistes peuvent essayer, participer, apprendre, se réguler et prendre confiance.

2. Ski adapté, altitude, hypoxie, méthode et recherche

Pioneer travaille avec des éléments très concrets : ski adapté, activité physique, séjour en altitude, environnement naturel, accompagnement individualisé et formation des instructeurs.

L’altitude de plus de 2 000 mètres crée des conditions naturelles d’hypoxie modérée. Forbes Kazakhstan explique que Zhanat Karatay a très tôt perçu le potentiel de cet environnement pour les enfants ayant des besoins spécifiques. Le même article présente Pioneer autour de l’hypoxie, du ski et d’une méthode développée par la famille Karatay pour les enfants ayant des besoins spécifiques. Il mentionne aussi un brevet portant sur une méthode non médicamenteuse visant à augmenter les capacités fonctionnelles d’enfants autistes dans des conditions d’hypoxie naturelle. Source : Forbes Kazakhstan

Cette méthode ne repose pas sur une vision défectologique de l’autisme. Elle ne considère pas l’autisme comme une maladie ou une déficience à corriger. Elle cherche à créer des conditions favorables pour réduire les difficultés produites par des environnements inadaptés, et pour permettre aux enfants autistes de participer davantage, avec plus de confiance, de stabilité et d’autonomie.

Pioneer a aussi dépassé le stade de l’expérience locale. Des médias kazakhs indiquent que plus de 6 000 enfants sont passés par les programmes du resort, que plus de 100 instructeurs ont été formés, et qu’une recherche scientifique sur les méthodes utilisées à Pioneer a été menée avec le soutien de la Banque mondiale. Source : Total.kz

Informburo.kz avait déjà documenté un projet soutenu par la Banque mondiale à hauteur de 126 millions de tenges, réalisé sur la base de Ski Park Pioneer, avec un accompagnement scientifique de l’Institut de physiologie humaine et animale. Ce projet comprenait notamment des analyses de laboratoire, de la réhabilitation, des exercices physiques, des randonnées en montagne, des cours individuels de ski adapté, l’alimentation et l’hébergement des enfants. Il visait aussi à développer un produit touristique inclusif prêt à être mis à l’échelle, avec des recommandations méthodologiques scientifiques. Source : Informburo.kz

En avril 2025, Murat Karatay a présenté au gouvernement kazakh l’idée de développer un réseau de camps et resorts inclusifs dans le pays. Les médias kazakhs rapportent que le Premier ministre Olzhas Bektenov a alors déclaré que le gouvernement soutiendrait cette orientation et qu’il fallait prévoir, dans le cluster montagneux d’Almaty, des infrastructures pour le tourisme des enfants, y compris les enfants ayant des besoins spécifiques. Source : 24.kz

Pioneer représente donc un modèle pouvant inspirer d’autres régions du Kazakhstan, et même d’autres pays.

Paysage de montagne près du Pioneer Mountain Resort, au Kazakhstan
L’environnement de montagne de Pioneer : altitude, nature et éloignement de l’agitation urbaine font partie de l’approche développée sur place.

3. Pioneer comme écosystème inclusif

Pioneer ne se limite pas au resort de montagne et au ski adapté. Au fil des années, un écosystème plus large s’est construit autour de ce lieu.

Cet écosystème comprend le centre de montagne Pioneer, les camps inclusifs, la formation des instructeurs, enseignants, entraîneurs et accompagnants, l’éducation des parents, des programmes urbains comme Campus Pioneer, des expériences d’inclusion dans l’éducation complémentaire, et le développement d’outils numériques destinés à mieux soutenir les familles et les professionnels.

L’éducation des parents fait partie de cette architecture. Selon les informations transmises par Zhanat Karatay, Pioneer a développé une école en ligne pour aider les familles à mieux comprendre l’autisme sans vision défectologique, réduire le stress, mieux tenir compte des particularités sensorielles, du rythme, de l’alimentation, de la communication et de l’équilibre émotionnel familial.

L’écosystème comprend aussi l’expérience de l’Inclusive House of Schoolchildren No. 7, qui a permis de travailler sur l’inclusion dans le système d’éducation complémentaire. L’idée n’est pas d’isoler les enfants ayant des besoins différents, mais d’adapter l’environnement pour qu’ils puissent participer aux cercles, programmes et formes de vie sociale.

Campus Pioneer prolonge ce travail en milieu urbain, avec des activités liées à la socialisation, au développement des compétences, à la préparation à l’autonomie, à l’orientation professionnelle et au soutien des familles dans la vie quotidienne.

Selon Zhanat Karatay, une étape suivante consiste aussi à développer un assistant fondé sur l’intelligence artificielle. Son rôle ne serait pas de remplacer les parents, les enseignants, les entraîneurs ou les spécialistes, mais de les aider à mieux comprendre l’enfant, son rythme, sa langue, son contexte culturel, ses besoins sensoriels, sa communication, ses objectifs éducatifs et l’évolution de son parcours.

Cet élément renforce encore l’importance de Pioneer. Le centre de montagne est le noyau pratique autour duquel se sont développés l’éducation des parents, la formation des professionnels, les programmes urbains, les camps inclusifs, la socialisation des adolescents et les futurs outils numériques d’accompagnement.

L’expropriation ne menacerait donc pas seulement un resort. Elle menacerait le cœur d’une architecture inclusive beaucoup plus large, construite depuis des années autour de l’expérience concrète avec les enfants et les familles.

4. Un camp de montagne annuel, vivant et recherché

Une partie essentielle de Pioneer est son camp de montagne pour enfants, devenu au fil des années l’un des programmes les plus reconnus et les plus demandés du projet. Il ne s’agit pas seulement d’un camp d’hiver ou d’un programme limité au ski : Pioneer fonctionne toute l’année, en adaptant ses activités à chaque saison.

En hiver et au printemps, le cœur du programme repose sur le ski alpin et le ski adapté. En été et en automne, les activités se déplacent vers les randonnées en montagne, le roller, le vélo, les sports extérieurs, les programmes collectifs, les activités de cohésion et les expériences actives de développement en pleine nature.

À travers toutes les saisons, le même facteur naturel reste central : l’effet de l’hypoxie naturelle modérée produite par l’environnement de montagne. Selon l’expérience rapportée par Pioneer, cet environnement influence positivement non seulement les enfants autistes et les enfants ayant d’autres particularités de développement, mais aussi les enfants au développement typique.

Les familles rapportent fréquemment que les enfants deviennent physiquement plus forts, émotionnellement plus calmes, plus confiants, plus indépendants et plus capables de s’adapter aux défis et aux environnements collectifs. Ces effets ne viennent pas de la nature seule : ils sont renforcés par la méthodologie développée par Pioneer, qui combine activité physique, mouvement, rythme quotidien structuré, interaction sociale, sécurité émotionnelle, dépassement progressif des difficultés, immersion dans la nature, réduction du stress urbain et diminution de la surcharge numérique.

Selon les chiffres communiqués par Zhanat Karatay, plus de 10 000 enfants ayant des besoins éducatifs particuliers ont participé aux programmes de ski adapté de Pioneer, et plus de 15 000 enfants ont participé aux camps Pioneer dans leur ensemble.

Le camp de ski d’hiver est devenu particulièrement connu. Les places sont souvent réservées presque immédiatement après l’ouverture des inscriptions. Les enfants viennent non seulement du Kazakhstan, mais aussi d’autres pays. Une famille fidèle a même résumé son expérience par cette phrase : « Pioneer est meilleur qu’Artek ». Cette comparaison montre que de nombreuses familles ne voient pas Pioneer comme un simple produit touristique, mais comme un environnement vivant de liberté, de croissance, d’amitié, de sport et d’expérience authentique de la montagne.

L’une des caractéristiques importantes du camp est son système d’enseignement intensif mais centré sur la sécurité. En une semaine, un enfant qui n’a jamais skié peut commencer à descendre les pistes de montagne avec confiance et sécurité. Pioneer a développé son propre modèle de formation des instructeurs et de sécurité, conçu autour des besoins des enfants.

Le resort a choisi volontairement un concept « ski only », sans snowboard, afin de réduire les risques de collision et de créer un environnement plus prévisible, plus contrôlé et plus sûr, particulièrement important avec un grand nombre d’enfants et de participants à des programmes inclusifs.

Pour beaucoup d’enfants, le camp Pioneer devient une première expérience d’indépendance, de vie collective, de contact profond avec la nature, de dépassement de la peur et de construction de la confiance en soi. Pour les enfants autistes et les enfants ayant d’autres particularités de développement, il peut devenir l’un des premiers environnements où ils participent à des activités communes aux côtés d’autres enfants, sans ségrégation ni stigmatisation.

Le camp Pioneer n’est donc pas une simple activité de loisirs ajoutée au resort. Il constitue un élément central de l’écosystème inclusif Pioneer, reliant sport, socialisation, sécurité, développement, soutien familial et inclusion à long terme.

Deux enfants tenant le drapeau de l’Autistan au Pioneer Mountain Resort
Deux enfants tenant le drapeau de l’Autistan à Pioneer, en août 2016, dans le cadre des premières expériences concrètes menées avec le centre.

5. Un modèle économiquement viable et une plateforme d’innovation

Pioneer n’est pas seulement une initiative sociale ou inclusive. Au fil des années, il est aussi devenu un modèle économiquement viable, avec un public fidèle, une identité claire et une atmosphère particulière.

Dès les premières années, Pioneer a attiré une communauté spécifique : familles, amoureux de la nature, touristes de montagne et skieurs recherchant le calme, la sécurité, le respect des enfants et une atmosphère centrée sur l’humain.

Au départ, beaucoup de personnes pouvaient difficilement imaginer qu’un travail intensif avec des enfants autistes ou ayant d’autres particularités de développement puisse coexister avec un environnement récréatif durable et apprécié du public. Avec le temps, les visiteurs ont vu les résultats : des enfants qui avaient auparavant des difficultés à entrer en relation avec le monde extérieur ont commencé à skier, à participer aux camps, à aller à l’école et à interagir aux côtés d’autres enfants.

Pioneer n’a jamais été conçu comme un resort de luxe. Son concept repose sur la simplicité, la fonctionnalité, la proximité avec la nature et une relation directe à la montagne. Pour beaucoup de visiteurs, cette expérience vaut davantage qu’un environnement touristique bruyant, surchargé ou excessivement commercialisé.

C’est pourquoi Pioneer est particulièrement attractif pour les familles et les visiteurs qui cherchent une expérience de montagne plus accessible, plus calme, plus sûre, moins saturée, plus proche de la nature et plus respectueuse des enfants.

Pioneer a ainsi démontré qu’un modèle inclusif peut être compatible avec une viabilité économique de long terme. Son atmosphère humaine, son environnement fondé sur la confiance et sa philosophie originale sont devenus des éléments de sa popularité et de sa durabilité.

Pioneer a aussi été développé comme un resort boutique, à taille humaine, avec une échelle limitée et une approche personnalisée. Cette dimension est l’une de ses forces. Parce qu’il n’est pas un très grand complexe standardisé, Pioneer peut s’adapter plus rapidement aux besoins des familles, tester de nouveaux services, travailler avec des publics spécifiques et mettre en œuvre des pratiques innovantes sans la lourdeur habituelle des grandes structures.

Dans ce sens, Pioneer fonctionne comme un laboratoire vivant du tourisme familial et inclusif : un lieu où des idées peuvent être développées, testées en conditions réelles, améliorées par la pratique, puis éventuellement intégrées dans des systèmes touristiques plus larges.

Cette flexibilité est particulièrement importante pour l’inclusion et pour le travail avec les enfants ayant des besoins spécifiques. Dans ces domaines, la taille humaine, l’adaptabilité, la sécurité émotionnelle et le soutien individualisé sont souvent indispensables.

Pioneer ne devrait donc pas être vu comme un concurrent ou un obstacle au grand cluster montagneux. Il peut au contraire devenir un partenaire innovant et inclusif à l’intérieur de cet ensemble plus vaste, en apportant une expérience, des méthodes et un savoir-faire difficiles à créer dans des structures touristiques massives.

6. 2016 : la rencontre entre Pioneer et l’Autistan

En février 2016, l’Organisation Diplomatique de l’Autistan a rencontré Zhanat Karatay à Almaty. Cette rencontre a été décisive, car elle a fait apparaître une convergence rare : Pioneer et l’Autistan partageaient une compréhension non-défectologique de l’autisme, alors que cette approche était presque absente dans l’environnement institutionnel et social de l’époque.

La conférence « Almaty Autism Speech » a été organisée par Zhanat Karatay et Pioneer pour l’Organisation Diplomatique de l’Autistan. Elle a permis de présenter publiquement une compréhension de l’autisme fondée non pas sur la déficience, mais sur la compréhension des besoins autistiques, l’adaptation de l’environnement et la réduction des obstacles sociaux, sensoriels et mentaux. Source : Autistan.kz

Ce moment était très avant-gardiste. Il a probablement été l’une des premières présentations publiques au Kazakhstan d’une approche aussi clairement non-défectologique de l’autisme.

Le rôle de Zhanat Karatay a été décisif. Grâce à son intuition, sa confiance et sa compréhension, ce qui avait été expliqué en février 2016 n’est pas resté au niveau d’une conférence. Elle a voulu le concrétiser dans son propre centre, avec les premiers camps inclusifs d’été à Pioneer.

Pioneer a alors invité le fondateur de l’Organisation Diplomatique de l’Autistan à participer comme conseiller autiste. Cette collaboration a permis d’observer, dans des situations réelles, ce qui se passe lorsque l’environnement cesse de traiter l’enfant autiste comme un problème et commence à créer les conditions de sa participation. L’article d’Autistan.kz présente cette participation au camp d’été inclusif, avec un rapport détaillé, des vidéos, des observations et des exemples concrets. Source : Autistan.kz

Les cas de Mansur, Tima et Adiyar y sont documentés. Ils montrent que l’approche naturelle, patiente, inclusive et non-défectologique peut produire des progrès rapides et visibles lorsque les adultes, les autres enfants, le cadre matériel et le cadre social sont correctement préparés. Source : Autistan.kz

Cette collaboration a fonctionné parce que Pioneer et l’Autistan se confirmaient mutuellement. Pioneer apportait le lieu, l’équipe, l’expérience familiale, les enfants, la montagne et la volonté de faire autrement. L’Autistan apportait une analyse autistique, une lecture des situations, des conseils de terrain et une explication de ce qui se produit quand l’environnement devient réellement accessible aux autistes.

Pour l’Organisation Diplomatique de l’Autistan, Pioneer est un lieu de preuve. Il permet encore aujourd’hui de montrer à des autorités publiques que l’approche non-défectologique de l’autisme peut produire des résultats concrets lorsqu’elle est appliquée dans un environnement adapté.

Zhanat Karatay présentant la première version matérielle du drapeau de l’Autistan à Almaty
Zhanat Karatay présentant la première version matérielle du drapeau de l’Autistan, imprimée à Almaty en août 2016.

7. Le berceau matériel de l’Organisation Diplomatique de l’Autistan

Pioneer a aussi une importance directe dans l’histoire de l’Autistan.

C’est à Pioneer, en 2016, que le drapeau actuel de l’Autistan a été inspiré et conçu, dans son graphisme et sa première forme matérielle. L’article d’Autistan.kz sur la naissance du drapeau indique que le drapeau de l’Autistan a été conçu en juillet 2016 au Pioneer Mountain Resort, puis imprimé à Almaty le 4 août 2016. La première version matérielle a été présentée par Zhanat Karatay, directrice et propriétaire de Pioneer. Source : Autistan.kz

C’est également à Pioneer qu’a pris forme le premier projet d’ambassade physique de l’Autistan dans le monde matériel, avec une petite maison de montagne fournie par Pioneer Mountain Resort comme résidence de montagne de l’ambassade. L’article d’Autistan.kz précise que cette installation avait une valeur essentiellement symbolique, mais qu’elle représentait le premier passage de l’Organisation Diplomatique de l’Autistan du monde virtuel vers une réalité matérielle. Source : Autistan.kz

Pioneer est aussi lié à la nomination d’Adiyar comme premier ambassadeur de l’Autistan au monde, dans le contexte des expériences menées avec lui à Pioneer en 2016. L’article sur le camp d’été consacre une partie à Adiyar comme volontaire puis comme ambassadeur de l’Autistan. Source : Autistan.kz

Pioneer est le berceau matériel de l’Organisation Diplomatique de l’Autistan : le lieu où son approche a trouvé une confirmation concrète, où son drapeau actuel est né, où son premier drapeau physique a existé, où l’idée d’une ambassade physique a commencé à prendre forme, et où le premier ambassadeur de l’Autistan a été nommé.

Aujourd’hui, l’Organisation Diplomatique de l’Autistan dispose d’une ambassade physique réelle à Brasília, au cœur de la capitale politique du Brésil. Une partie essentielle de cette histoire a commencé dans les montagnes du Kazakhstan.

Drapeau de l’Autistan installé sur la petite maison de montagne à Pioneer
Le drapeau de l’Autistan installé sur la petite maison de montagne de Pioneer, première expérimentation matérielle d’une ambassade physique de l’Autistan.

8. L’expropriation : un risque de vider Pioneer de sa substance

Selon Zhanat Karatay, les trois parcelles visées par le décret du 27 avril 2026 constituent la base du fonctionnement de Pioneer : la zone de base, les infrastructures, et les espaces où les enfants autistes et les autres enfants ayant des besoins spécifiques font leurs séances chaque jour.

Si ces parcelles sont saisies, Pioneer ne pourra plus fonctionner de manière réelle. Le centre pourrait continuer à exister formellement, mais sans pouvoir recevoir les enfants, organiser les séances, faire fonctionner les infrastructures construites depuis onze ans, ni poursuivre sa mission.

La formule de Zhanat Karatay résume le problème : Pioneer risquerait de devenir « un nom sans lieu ».

L’enjeu dépasse la question d’une compensation foncière. Il concerne la continuité même du projet inclusif construit depuis onze ans.

Le risque le plus profond est la perte de contrôle, d’identité et de finalité. Si Pioneer est absorbé dans un cluster touristique géré par d’autres, sans garantie écrite pour ses programmes inclusifs, ses instructeurs, sa méthode et son autonomie, onze ans de travail peuvent disparaître derrière une simple piste de ski.

Selon Zhanat Karatay, les documents de projet et les échanges officiels reçus par Pioneer ne contenaient pas de garanties contraignantes pour les programmes inclusifs, le ski adapté ou les enfants handicapés. La réponse publique ultérieure de l’Akimat mentionne bien l’inclusion, le sport adapté et les enfants ayant des besoins spécifiques, mais cette reconnaissance reste insuffisante si elle n’est pas traduite en garanties concrètes, écrites et juridiquement solides protégeant les terrains, l’équipe, la méthode, l’autonomie et la mission de Pioneer.

Si les terrains essentiels du centre de montagne sont retirés, ce n’est pas seulement l’activité du resort qui est atteinte : c’est le noyau pratique de tout l’écosystème Pioneer — camps inclusifs, formation, accompagnement des familles, programmes urbains et futurs outils numériques — qui risque d’être affaibli.

La décision d’expropriation a été rapportée par plusieurs médias kazakhs, qui indiquent que l’Akimat d’Almaty entend exproprier des terrains dans le cadre de la construction de nouvelles infrastructures de télécabines. Source : Krisha.kz ; Source : Inform.kz

9. La réponse de l’Akimat : une reconnaissance sans réponse concrète sur l’expropriation

L’Akimat d’Almaty a répondu publiquement que les informations circulant sur les réseaux sociaux à propos d’une prétendue fermeture prévue de Pioneer ne correspondraient pas à la réalité. Dans la même réponse, l’administration municipale reconnaît que la zone de Pioneer fait partie des territoires prioritaires et prometteurs pour le développement du cluster montagneux d’Almaty.

Cette réponse reconnaît aussi les avantages naturels du site : des pentes douces et sûres, adaptées à l’apprentissage du ski, aux débutants et aux programmes inclusifs. Elle accorde une importance particulière à la réhabilitation des enfants ayant des besoins spécifiques, y compris les enfants autistes, et présente le relief, les pentes modérées et l’environnement naturel comme des conditions favorables au sport adapté, à l’adaptation sociale, à la réhabilitation physique et au développement de l’autonomie.

Cette reconnaissance est importante. Elle confirme, de la part de l’administration municipale elle-même, que Pioneer n’est pas un site de montagne ordinaire. Son relief, son environnement et son potentiel inclusif sont officiellement reconnus comme utiles et précieux.

Cependant, cette réponse ne répond pas à la question centrale soulevée par Zhanat Karatay. Elle affirme que Pioneer ne sera pas fermé, mais elle ne répond pas clairement à la question de savoir si les trois parcelles seront expropriées, si la famille Karatay restera propriétaire et gestionnaire réelle de Pioneer, si la méthode existante sera protégée, si les instructeurs, l’équipe et les programmes seront maintenus, si des garanties écrites seront données, et pourquoi la modernisation devrait passer par l’expropriation plutôt que par un partenariat.

L’Akimat affirme également que l’infrastructure actuelle serait moralement et physiquement dépassée et ne répondrait pas aux exigences modernes de sécurité, notamment en matière de protection et de surveillance contre les avalanches. Il mentionne un épisode d’avalanche du 22 mars 2024 dans le bassin de la rivière Kotyrbulak, lors duquel une masse de neige aurait atteint une construction de service de Pioneer, et présente cet épisode comme une preuve de la nécessité d’améliorations systémiques de sécurité.

Améliorer la sécurité, les réseaux d’ingénierie, les routes, les pistes, les remontées, la surveillance des avalanches et l’accessibilité peut être légitime. Mais ces objectifs n’expliquent pas, à eux seuls, pourquoi Pioneer devrait être privé des terrains dont dépend son activité réelle. Une modernisation véritablement inclusive devrait être construite avec Pioneer, par un partenariat clair, écrit et loyal, et non par une procédure qui risque de préserver le nom tout en vidant le centre de sa substance.

Il ne suffit pas de répondre que Pioneer ne sera pas fermé si, dans les faits, l’expropriation retire les terrains essentiels, l’autonomie et la capacité opérationnelle qui permettent à Pioneer d’exister comme Pioneer.

10. Une contradiction entre reconnaissance nationale et expropriation locale

La situation est d’autant plus préoccupante que Pioneer n’est pas un projet inconnu ou informel.

Selon Zhanat Karatay, l’État a reconnu pendant des années le travail de Pioneer comme légal et socialement important, notamment en commandant ses services par contrat. Elle précise que le contrat public actuel n’a pas été terminé, et que le décret d’expropriation a été signé alors que Pioneer continuait à remplir cette commande publique.

Cette contradiction est grave : d’un côté, l’État continue de recourir à Pioneer pour ses services ; de l’autre, une administration locale engage une procédure qui, selon sa fondatrice, priverait le centre de ses conditions réelles d’existence.

La contradiction apparaît aussi dans la relation entre le niveau national et le niveau local. Zhanat Karatay rappelle que, le 8 avril 2025, le Premier ministre Olzhas Bektenov a déclaré que le cluster montagneux devait inclure des infrastructures pour les enfants ayant des besoins spécifiques. En avril 2026, Pioneer a été nommé dans un protocole gouvernemental comme élément de la deuxième phase du cluster. Trois jours après la signature de ce protocole, l’administration de la ville d’Almaty a émis le décret d’expropriation.

Les médias kazakhs ont également rapporté que le plan du cluster prévoit une deuxième phase, à partir de 2027, incluant Pioneer et Oi-Qaragai avec leur connexion par télécabines. Source : Total.kz ; Source : primeminister.kz

La question devient donc très claire : comment un centre présenté comme partie du développement inclusif du cluster peut-il être fragilisé par une procédure locale qui le priverait de sa base de fonctionnement ?

11. Pas d’opposition au cluster, mais une demande de partenariat loyal

Pioneer ne demande pas l’arrêt du cluster montagneux d’Almaty. Zhanat Karatay le dit clairement : Pioneer demande à en faire partie dans des conditions justes.

Le développement du cluster peut être positif pour le Kazakhstan. Il peut améliorer les infrastructures, attirer des visiteurs, créer des emplois et renforcer l’image touristique d’Almaty. Mais Pioneer peut apporter quelque chose de beaucoup plus rare : une dimension inclusive, sociale et humaine déjà expérimentée, avec des méthodes, des instructeurs formés et des milliers d’enfants accompagnés.

Selon Zhanat Karatay, aucun véritable partenariat n’a été proposé. Il y a eu des tables rondes, des discussions générales sur l’intégration, mais rien d’écrit, rien de contraignant, aucune proposition claire de co-développement. Le premier document officiel concret reçu par Pioneer aurait été le décret d’expropriation.

Si Pioneer doit être intégré au cluster, pourquoi commencer par une expropriation forcée ? Pourquoi ne pas construire un partenariat avec la famille et l’équipe qui ont créé le seul modèle de ce type dans le pays ? Pourquoi ne pas faire de Pioneer le cœur inclusif du cluster, au lieu de risquer de le vider de sa mission ?

12. Plus de 300 000 enfants concernés au Kazakhstan

Zhanat Karatay rappelle qu’il y aurait plus de 300 000 enfants ayant des besoins éducatifs particuliers au Kazakhstan.

Pour ces enfants et leurs familles, Pioneer n’est pas une option de confort. Selon elle, c’est le seul lieu du Kazakhstan, et même d’Asie centrale, où ils peuvent accéder à une réhabilitation fondée sur la montagne.

Si Pioneer est détruit comme centre réel, ces enfants ne seront pas simplement redirigés vers une alternative équivalente. Ils perdront un accès que personne d’autre ne semble aujourd’hui capable de leur offrir.

Cette réalité devrait être au centre de toute décision publique.

Le Kazakhstan a ratifié en 2015 la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, qui engage les États à favoriser la participation des personnes handicapées à la société, sur la base de l’égalité et sans discrimination. Pioneer donne à cet engagement une forme concrète : un lieu où des enfants autistes, trisomiques ou ayant d’autres besoins spécifiques peuvent participer à la montagne, au sport, à la vie collective et au développement personnel. Source : UNDP Kazakhstan

13. Le paradoxe à éviter

Le projet Almaty Superski et le cluster montagneux d’Almaty peuvent apporter au Kazakhstan des infrastructures modernes, des emplois, du tourisme et une meilleure visibilité internationale.

Mais Pioneer ne devrait pas être pénalisé par la valeur qu’il a lui-même contribué à créer.

Murat et Zhanat Karatay ont transformé une base abandonnée en centre vivant, inclusif, reconnu, fréquenté par des milliers d’enfants, appuyé par une expérience scientifique, cité dans les discussions gouvernementales et porteur d’un modèle pour d’autres régions. Le résultat de ce travail ne devrait pas être une expropriation qui affaiblit la famille et l’équipe ayant créé cette valeur.

Le développement du cluster devrait renforcer Pioneer, pas le déposséder de son rôle.

Paysage naturel du domaine de Pioneer dans les montagnes du Kazakhstan
Le domaine de Pioneer dans les montagnes du Kazakhstan : un environnement naturel rare, au cœur du modèle inclusif développé par le centre.

14. Une occasion pour le Kazakhstan

Le Kazakhstan a ici une occasion rare.

En protégeant Pioneer, il peut montrer qu’un projet national de montagne ne se limite pas aux équipements, aux télécabines, aux flux touristiques et aux investissements. Il peut montrer qu’un pays moderne sait reconnaître et protéger les initiatives humaines qui existent déjà, surtout lorsqu’elles concernent des enfants autistes, des enfants trisomiques et des personnes handicapées.

Pioneer peut devenir un symbole international pour le Kazakhstan : celui d’un pays capable de développer ses montagnes sans écraser les plus vulnérabilisés par l’absence d’environnements adaptés ; celui d’un pays capable d’associer sport, nature, inclusion, recherche, tourisme familial, innovation numérique et approche non-défectologique de l’autisme ; celui d’un pays qui ne laisse pas une mécanique bureaucratique locale abîmer un joyau social construit pendant onze ans.

Les télécabines et les pistes existent dans beaucoup de pays. Un centre de montagne associant ski adapté, hypoxie naturelle, formation, recherche, inclusion autistique, soutien aux enfants trisomiques, expérience familiale, accompagnement des parents, programmes urbains et futurs outils numériques d’assistance est beaucoup plus rare.

Pioneer est une chance pour les enfants.
Pioneer est une chance pour les familles.
Pioneer est une chance pour le Kazakhstan.

15. Ce qu’il faudrait garantir

L’Organisation Diplomatique de l’Autistan ne s’oppose pas au développement du cluster montagneux d’Almaty. Elle demande que Pioneer ne soit pas traité comme un simple problème foncier.

Avant toute mesure irréversible, il faudrait vérifier si l’expropriation est réellement nécessaire, si elle est proportionnée, si le fondement juridique du décret est correct, si des solutions de partenariat existent, si la mission inclusive sera garantie, et si les fondateurs de Pioneer resteront pleinement associés à l’avenir du centre.

L’expropriation forcée devrait être une solution de dernier recours, surtout lorsqu’elle touche un lieu qui accompagne des enfants autistes, des enfants trisomiques et d’autres enfants ayant des besoins spécifiques.

Préserver Pioneer, ce n’est pas freiner le progrès.

C’est éviter qu’un projet de modernisation perde ce qui pourrait le rendre humainement exemplaire.

Le Kazakhstan peut choisir de protéger Pioneer, de le reconnaître, de le renforcer et d’en faire l’un des symboles les plus avancés du cluster montagneux d’Almaty.

Ce choix ne serait pas seulement utile pour Pioneer. Il serait utile pour les autistes, pour les familles, pour l’inclusion, pour l’image internationale du Kazakhstan, et pour tous ceux qui croient qu’un pays moderne se mesure aussi à la manière dont il protège ses initiatives les plus humaines.

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